LA BANALITÉ DU MAL D’HANNAH ARENDT par Thérèse Zrihen-Dvir

Hannah Arendt | American political scientist | Britannica

En s’attaquant aux conceptions de l’illustre Hanna Arendt, Thérèse Zrihen Dvir, quitte la grande cour des commentaires obligés pour rejoindre le cercle fermé des « producteurs de pensée ».

En quelques traits bien acérés, elle démonte et démontre les articulations d’une pensée polluée qui, accordant au système la prééminence sur l’homme, « déresponsabilise » celui-ci, au motif que ses initiatives, s’inscrivant, ès qualité d’expression d’une culture, voire d’une civilisation, elles inaugurent un monde où l’irresponsabilité devient une vertu, voire une référence d’exemplarité. 

Une telle vision des réalités est une juste et implacable dénonciation du « nanisme ambiant », assimilant la petitesse de l’homme à une maladie honteuse.

Aussi, le texte de Thérèse Zrihen-Dvir mériterait de figurer parmi les plus belles pages d’anthologie de l’audace et du courage, parce qu’il est fondé à prendre ses distances des productions quotidiennes d’écriture, où quantité et poids des « choses écrites » ne permettent pas toujours de distinguer les « critiques de talent ».

Arnold Lagémi, philosophe

Lire le livre de cet éminent philosophe et voir le film sur sa vie a été une aventure peu simple. Nous avons tous des principes et des conceptions ouvertes ou dissimulées. Nous jugeons à notre insu les autres mais aussi notre société et les peuples du monde. Nous sommes parfois, sinon souvent, intransigeants envers nous-mêmes et surtout envers ceux qui adoptent pour une raison qu’ils estiment valable ou incontestable, le courant contraire… Et c’est ce qu’il m’a semblé entrevoir dans la lutte escarpée d’Hannah Arendt.

Il est vrai que le mal revêt habituellement l’aspect de la banalité autrement il ne serait pas le mal. Car il n’y aura qu’à travers sa banalité et son absurdité qu’il réussira à instiller le doute dans le cœur de tous ceux qui y ont reconnu en lui le mal, et qu’il pourra se pardonner et se croire infaillible.

Il fallait scruter le visage sombre d’Eichmann pour y déceler un plaisir malsain mêlé au dédain d’une société qui prétendait le juger pour ses actions, desquelles il s’était en toute conscience détaché. Ce qui d’ailleurs lui a permis de continuer sa vie sous d’autres cieux sans ressentir, ni exprimer de remords.

« Je ne suis qu’un soldat, j’ai suivi les ordres », déclara-t-il, et par cette simple phrase il s’était innocenté, et le mal était devenu banal. Le mal ce n’était pas lui Eichmann en personne, il n’en était qu’un outil dont les AUTRES, les PLUS FORTS, se sont servis pour leurs desseins.

Dans ce cas, l’absurde nous éclate au visage. Hitler devenait aussi innocent s’il réclamait qu’il n’était que le jouet du diable, du Satan et qu’il n’a fait que suivre ses directives. Mais ce n’est là qu’un maillon d’une longue chaîne. Et cette chaîne devient excessivement dangereuse et nous relient aux crimes perpétrés aujourd’hui au nom d’Allah ou de n’importe quel saint…

L’INDIVIDU LUI-MÊME N’EST PLUS CONCERNÉ LORSQU’IL REMET LA RESPONSABILITÉ À AUTRUI, À UN SYSTÈME, UNE POLITIQUE, UNE FOI, QU’IMPORTE SON NOM.  IL A OPÉRÉ UNE SÉPARATION ENTRE LA CONSCIENCE ET L’INCONSCIENCE.

Arendt s’est trompée deux fois dans son analyse, la première en tombant dans ce piège astucieux béant à ses pieds, et la seconde en omettant de voir la perspective énoncée dans toute sa taille véritable. Sa troisième erreur provenait du fait qu’elle n’avait pas compris que l’état d’Israël ne jugeait pas Eichmann pour ses actions personnelles envers les juifs, mais l’image de toute l’horreur qu’il représentait.  Eichmann aux yeux des juifs était l’incarnation de tout le mal qu’il leur a été fait. En effet, les victimes qui sont passées devant lui, décrivant leurs souffrances, ou parlant de leurs morts ne plaidaient pas contre Eichmann en personne, mais contre son appartenance à tout un système qui a culminé en l’assassinat vicieux de six millions de juifs… Et cela a été énoncé dès l’ouverture du procès lui-même « nous représentons ici six millions d’innocents ».

En se concentrant sur l’individu en tant qu’individu, Arendt a perdu le fil et s’est vue en train de juger un « innocent » puisqu’il n’a fait qu’obéir aux ordres reçus de plus haut que lui.

Eichmann devenait par conséquent lui aussi une victime !!!

L’église ne s’est-elle pas pardonnée ses innombrables crimes sous le bouclier de la foi… ???

La question que nous tous devons nous poser est : Un soldat doit-il agir selon sa conscience, ou bien est-ce que la conscience n’a aucune place dans le rôle du soldat ? Sur qui donc incombent les responsabilités ?  

À quel moment exact entre la conscience en jeu… Ou peut-elle s’immiscer dans cette marge excessivement fine entre le devoir d’un soldat envers les dirigeants de sa patrie, de son peuple, et celui de sa conscience ?

Il n’y a aucun moyen de dissocier la conscience de l’être humain de ses actes et cela nous le trouvons même dans les lois principales divines : J’ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, choisis-donc la vie que tu voudras vivre, toi et tes enfants. Le pentateuque 30 :19

Nous constatons ici, qu’il n’y a aucune place à l’inconscience et à la scission entre la conscience et l’individu, puisqu’à sa naissance, l’homme a reçu le pouvoir de faire son choix…

Le Créateur a offert à l’être humain le pouvoir de suivre le chemin de sa conscience, de sa sensibilité, de son devoir envers son prochain, ou celui de s’en détacher pour assouvir ses desseins les plus obscurs. La responsabilité incombe entièrement à l’être humain en tant qu’individu.

Thérèse Zrihen-Dvir

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